SISYPHE

SISYPHE

SISYPHE

Dans la mythologie grecque, roi de Corinthe, célèbre pour ses fourberies. Selon L’Iliade , Sisyphe habitait Éphyra (la future Corinthe) et était fils d’Éole (l’ancêtre éponyme des Éoliens). Lorsque Zeus eut enlevé Égine, la fille du dieu-fleuve Asopos, Sisyphe dénonça le ravisseur au père de la jeune fille, s’attirant de la sorte la colère du roi des dieux qui décida de le tuer. Mais lorsque la Mort vint le chercher, Sisyphe parvint à l’enchaîner et, pendant un temps, personne ne mourut plus. Il fallut qu’Hermès descendît enfin au secours de la Mort, et Sisyphe dut alors se soumettre. Toutefois, il avait pris soin auparavant d’ordonner à sa femme, la Pléiade Mérope, de ne pas célébrer les sacrifices rituels et de laisser son corps sans sépulture: ainsi, lorsqu’il arriva aux Enfers, on lui donna la permission de retourner sur terre pour la châtier de cette impiété. Une fois rentré chez lui, il reprit son existence, peu soucieux de retourner chez Hadès, et vécut jusqu’à un âge avancé. Quand il mourut pour la seconde fois, les dieux lui imposèrent un châtiment qui prît tout son temps afin de l’empêcher d’inventer quelque évasion: il fut condamné à pousser éternellement en haut d’une colline un énorme rocher qui dévalait à nouveau la pente dès qu’il avait réussi à le hisser au sommet.

Selon une tradition posthomérique, il passe pour être le vrai père d’Ulysse. En fait, Sisyphe était, comme Prométhée, un personnage mythologique extrêmement populaire, le type même du rusé ou du roublard, puni à tout jamais chez Hadès pour avoir osé berner la Mort.

Sisyphe
dans la myth. gr., roi de Corinthe, fils d'éole. Il fut condamné dans les Enfers à rouler éternellement jusqu'au sommet d'une montagne un rocher qui en retombait aussitôt.

⇒SISYPHE, subst. masc.
I. — Littér. [P. réf. à Sisyphe, personnage de la myth. gr., condamné par Hadès à rouler perpétuellement un énorme rocher jusqu'en haut d'une montagne, d'où il retombait sans cesse] Personne vouée à une tâche surhumaine, à un labeur stérile ou qui semble ne pouvoir aboutir à rien de positif. Quand on voit (...) les difficultés de son existence, cette lutte acharnée et épuisante à laquelle l'obligent, sans répit, les circonstances catastrophiques où il doit vivre, (...) on comprend que ce Sisyphe qui s'obstine à rouler jusqu'au haut son rocher, ne soit pas un modèle pour académie de dessin (ROLLAND, Beethoven, t. 1, 1937, p. 59). Il y a là (...) des Sisyphes qui travaillent éternellement (...) à remonter la roche croulante, c'est-à-dire à redéfinir la même douzaine de mots dont les combinaisons constituent le trésor de la Connaissance Spéculative (VALÉRY, Variété V, 1944, p. 132).
P. métaph. Le soir, j'ai toujours, sous le roc des ténèbres, (...) Vu retomber le jour, Sisyphe de la nuit (HUGO, Toute la lyre, 1885, p. 164).
Roche(r) de Sisyphe. Difficulté morale ou intellectuelle très éprouvante, insurmontable; situation psychique extrêmement pénible, caractérisée par l'ennui, la tristesse, le découragement, le désespoir, un sentiment d'absurdité. C'est en vain que les souverains et les vieilles aristocraties multiplieraient leurs efforts pour s'y opposer [aux mouvements de la régénération moderne]: c'est la roche de Sisyphe qu'ils tiennent élevée au-dessus de leurs têtes; mais (...) tout leur croulera dessus (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 51). On s'épuise. Mais je voudrais tant avoir fini ce roman! Ah! quels découragements quelquefois, quel rocher de Sisyphe à rouler que le style, et la prose surtout! ça n'est jamais fini (FLAUB., Corresp., 1853, p. 362).
Travail, œuvre, etc. de Sisyphe. Travail interminable et ardu, qu'il faut toujours recommencer, pour un résultat nul ou incertain. Un homme se façonne à son sort (...). Aussi, le docteur Poulain après dix ans de pratique, continuait-il à faire son métier de Sisyphe, sans les désespoirs qui rendirent ses premiers jours amers (BALZAC, Cous. Pons, 1847, p. 164). Ces hauteurs, elle [la population] les délaisse aujourd'hui, rebutée par le travail minutieux et pénible qu'exigent les terrassements en gradins (...). Ce travail de Sisyphe n'est plus à la portée ni du goût des habitants (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 88).
II. — P. anal., ZOOL. Insecte coléoptère noir des régions tempérées et chaudes d'Europe, Afrique et Asie, de la famille des Scarabéidés, qui se caractérise par un corps trapu, terminé en pointe, par des pattes postérieures très longues et qui fabrique des boules d'excréments, les roulant devant lui avant d'y déposer une larve. D'autres Scarabéides établissent leur galerie de ponte directement sous la masse excrémentielle (...) (Sisyphes (...)); la galerie se termine par une grande chambre larvaire et les deux sexes y transportent les excréments destinés à la larve; ceux-ci sont modelés par la mère, en forme de boule (Zool., t. 2, 1963, p. 718 [Encyclop. de la Pléiade]).
Prononc. et Orth.:[sizif]. Att. ds Ac. 1878. Étymol. et Hist. 1. 1552 « homme voué à un travail pénible et sans cesse renouvelé » (RONSARD, Amours ds Œuvres compl., éd. P. Laumonier, t. 4, p. 50, 14), att. chez Ronsard, puis 1875 (Lar. 19e); 2. 1807 zool. Sisyphe (LATREILLE, Genera Crustaceorum et insectorum, t. 2, p. 79). 1 de Sisyphe (lat. Sisyphus, gr. ) fils d'Éole condamné à monter éternellement au sommet d'une montagne un rocher qui dévale aussitôt; 2 empr. au lat. zool. sisyphe « id. » 1807 (LATREILLE, loc. cit.), du lat. Sisyphus (supra), prob. en raison du comportement de l'insecte avec sa boule d'excrément.

sisyphe [sizif] n. m.
ÉTYM. 1876; lat. zool. sisyphus, du nom propre Sisyphus, grec Sisuphos, fils d'Éole, condamné à hisser perpétuellement un rocher sur une montagne; allus. probable au comportement de l'insecte avec sa boule d'excrément.
Zool. Petit bousier noir (Coléoptères) des régions tempérées chaudes d'Europe et d'Asie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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